L’Histoire et la civilisation des peuples Akan

De même groupe linguistique, appelé twi ou tsh, la population Akan est établie au Ghana et en Côte d’Ivoire. Les plus célèbres sont les " ethnies " Fanti et Ashanti, ainsi que les Baoulé et les Agni. Que dire de leurs origines ? On estime généralement que Bono-Mansou, le plus ancien royaume de cette région côtière d’Afrique occidentale, a débuté son histoire au XIVe siècle, fondé dans une région riche en or alluvial et en kola, produits avidement recherchés par les marchands.
Les premiers Akan seraient venus de la région du lac Tchad, de Haute Egypte ou du pays berbère de Lybie, pour s’installer dans l’actuel Ghana, puis en Côte d’Ivoire au début du XVIIIe siècle. Plus vraisemblablement, on pense qu’ils seraient originaires de l’ancien royaume de Ghana situé au nord de la Guinée.
A l’exception des peuples dits " lagunaires ", dont l’organisation politique est décentralisée, les groupes Akan étaient organisés en royaumes avec une double royauté, à la fois masculine et féminine. Les femmes jouaient un rôle notable dans les sociétés Akan, composées de " clans ", le plus souvent exogames. L’héritage, biens et fonctions, légué par la lignée maternelle transmettait la "vie " ; quant à lui, le père transmettait les principes spirituels, le kra. Cette dualité, complémentaire entre l’homme et la femme, se répercutait dans l’organisation du pouvoir ; le roi gouvernait avec une reine mère, choisie parmi les femmes âgées de la famille royale. Son influence a fortement décliné au XXe siècle ; aujourd’hui son autorité n’est plus officiellement reconnue.
Le plus souvent, le souverain Akan gouvernait selon un système pyramidal. Au XIXe siècle, chez les Ashanti, le roi commandait les Amanhene, responsables de régions, avec en sous-ordres les chefs de villes et de villages, les Aderukofo. " Tombé du ciel " sur les genoux du roi Osei Tutu, ancêtre fondateur du royaume de Kumasi, un siège en or légitime l’autorité du souverain, depuis le XVIIe siècle. S’il symbolise ainsi l’origine divine du pouvoir royal, ce siège sacré consacre aussi l’unité de la nation. A Kumasi, le souverain siégeait, entouré de ses conseillers et d’une administration composée d’un grand nombre de serviteurs, dont les fonctions se transmettaient généralement d’oncle à neveu maternel, dans le strict respect du système matrilinéaire. Le reste du royaume accueillait essentiellement des agriculteurs, eux-mêmes organisés en une société pyramidale.
L’art des Akan a attiré dès le XVIe siècle l’attention des missionnaires, voyageurs et commerçants. Les peuples de Côte d’Ivoire ont souvent assimilé une partie du patrimoine culturel des groupes voisins, développant parfois des formes artistiques propres, comme l’ont fait les Baoulé, avec les masques et la statuaire. Toutefois, l’ensemble des Akan a conservé la tradition de la technique à la cire perdue pour le travail des métaux, bronze, or ou argent, patrimoine artistique d’une extraordinaire richesse, constitué de bijoux, et surtout de poids à peser l’or. Toutes ces créations, empreintes de symbolisme, traduisent indubitablement une forte volonté de " transmettre par le biais de l’objet une partie de la connaissance et des mythes qui constituent la mémoire collective d’un peuple ".


Alexis Chermette

Lyon 1902-Lyon 1996

Le géologue lyonnais Alexis Chermette est un scientifique de renommée mondiale. Pendant plus de trente ans, il accompagne ou dirige des missions au Togo, en Guinée, au Burkina-Faso (Haute-Volta), en Côte-d’Ivoire et au Bénin (Dahomey). L’excellence des ses rapports avec les populations locales lui permet des comptes rendus de grande qualité sur l’exploitation des mines de graphite, de fluorite et d’or.
C’est aussi l’époque où prend forme sa passion pour les objets africains qu’il recueille et met en collections. Il sélectionne ainsi de nombreuses pièces en fonction de leur beauté et de leur valeur esthétique, ajoutant parures et objets usuels à ses collections de poids à peser la poudre d’or.
En 1957, Alexis Chermette est nommé directeur du secteur des Nouvelles-Hébrides, dans le Pacifique sud. Cette affectation met un terme à ses séjours en Afrique. Membre titulaire de " l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon ", Alexis Chermette est Chevalier de " l’Ordre National du Mérite ", Officier de " l’Etoile Noire " du Bénin et Chevalier de " l’Ordre National " du Dahomey.
Comment ne pas commémorer le 10ème anniversaire de la mort d’Alexis Chermette par la présentation aux publics de cette remarquable collection de poids à peser la poudre d’or du pays Akan, léguée au Musée Africain ? C’est un honneur que de pouvoir rendre hommage à cet éminent savant qui enrichit ainsi nos propres collections ! Par ce legs, il rejoint la vocation que se donne le Musée Africain de faire connaître et aimer les cultures africaines.
Nous ne pouvons que nous réjouir d’avoir à célébrer l’anniversaire d’Alexis Chermette quand il coïncide avec celui des 150 ans de la fondation de la Société des Missions Africaines.


Lettre de Mme Chermette

Puisqu’il m’a été fait l’honneur de présenter l’ouvrage qui accompagne l’exposition que vous inaugurez, ce jour, consacrée à l’anniversaire de votre fondation et à laquelle vous avez joint une autre présentation de la collection de mon mari dont cette année est le 10eme anniversaire de sa mort (26/08/96), à 94 ans, permettez-moi de vous remercier de tout cœur d’y avoir pensé. Ce m’est l’occasion de vous redire qu’il ne pouvait rêver meilleur environnement et que ce lui était une évidence de la laisser aux mains de votre congrégation. J’ai été entièrement d’accord avec lui, comme presque toujours.
Sa carrière africaine, je ne l’ai pas partagée; elle s’est terminée au moment de notre mariage en septembre 1958. Il venait d’être nommé Ingénieur Géologue en Chef de la France d’Outre Mer (hors classe), au sommet de son grade. Nous avons passé trois bonnes années à Paris.
Il était un collectionneur passionné et au hasard de ses itinérances de recherche, il fit de nombreux arrêts dans vos missions, toujours admirablement reçu. Il gardait donc une très grande reconnaissance de ces accueils chaleureux, et de la gentillesse témoignée. C’est pour cela qu’il vous a fait ce legs et vous exaucez son désir de mise en valeur des pièces réunies et achetées sur place. Il était très attaché à cette collection qui lui a causé beaucoup de bonheur. Je vous en ai remis déjà plus de la moitié, et soit à la suite d’un déménagement dû à mon grand âge ou soit à ma mort, vous aurez le reste comme l’indiquait son testament.
Je souhaite donc un vif succès à cette exposition, qui comme lui, en Afrique, sera itinérante. C’est un honneur pour lui que, au moment de célébrer votre anniversaire, vous ayez pensé à lui. Soyez-en vivement remercié de ma part et je vous souhaite réussite et succès.

Anne Chermette (née Mouratille)
Lyon le 10 févier 2006




























L’extraction de l’or


Localiser les anciennes mines est difficile, car la plupart furent longtemps interdites aux étrangers qui ne découvrirent leur existence qu’à la fin du XIXe siècle. Avec une ouverture très étroite, ces mines sont souvent recouvertes de végétation. Nous savons toutefois que les zones minières étaient abondantes en Afrique occidentale, quoique d’importances inégales. Le centre et l’ouest du Ghana comprenaient de nombreux secteurs aurifères localisés, avec des mines particulièrement riches ; au contraire, la Côte d’Ivoire possédait de l’or dans la quasi totalité de son territoire, mais en faible quantité.
Les chefs de village accordaient le droit d’exploiter une mine, et, en contrepartie, percevaient une taxe. L’extraction de l’or se faisait généralement pendant la saison sèche, une fois les travaux agricoles achevés.
Plusieurs méthodes étaient utilisées pour rechercher l’or, soit on lessivait les alluvions charriés par les cours d’eau, soit on concassait des galets de quartz pour en extraire l’or, soit l’or était directement extrait du sol par des puits et des galeries. Les puits sont très profonds et leur diamètre n’excède pas un mètre. Le travail y était dangereux ; dans les parois non consolidées étaient aménagées des encoches faisant office d’échelle.

L’organisation du travail était familiale et les tâches se répartissaient selon les sexes ; les hommes réduisaient le quartz en poudre, ou remontaient la terre des puits, les femmes pilaient la terre et la lavaient à la rivière pour en extraire l’or. Le rendement était faible, seulement quelques grammes d’or par jour et par personne.
Les chercheurs d’or, pour se concilier les puissances du monde invisible, observaient des obligations d’ordre spirituel. Le début des travaux d’exploitation s’accompagnait du respect de certains interdits, tels l’abstinence sexuelle, le refus de la présence de femmes en cours de menstrues.

Le moulage des poids Akan

Les poids à peser la poudre d’or sont essentiellement en laiton. Cet alliage est composé de cuivre et de zinc (jusqu’à 46%) ou autres métaux (plomb, nickel, étain, chrome, magnésium). Les techniques de moulage, semblables en Côte d'Ivoire et au Ghana, témoignent de traits culturels communs. Dans l'aire Akan, seuls les forgerons ou les fondeurs sont habilités au travail du métal dans leurs forges et leurs ateliers. Ce travail est réalisé par moulage et martelage.

Trois procédés étaient utilisés pour la réalisation des objets :
- La fonte de cire d'abeille récoltée, nettoyée et filtrée était utilisée par application en fines couches sur un moule d'argile creux.
- Un autre procédé consistait à couler de la cire chaude sur des insectes vivants, ou sur des graines. Ceux-ci, brûlés, étaient retirés, laissant la place aux futurs objets coulés en laiton.
- La fonte à la cire perdue était, et est encore, la plus couramment pratiquée. Le modèle est réalisé en cire, puis enrobé d'argile. A la base de cette gangue est installée une baguette de cire, servant de canal de coulée. Ce moule est mis à cuire dans un four. La cire, chauffée, fond, puis s'écoule par cet orifice, laissant l'empreinte du modèle. Le laiton en fusion, coulé dans ce moule, prend la place de la cire. L'ensemble est remis au feu, puis sorti à l'aide de pinces. La gangue refroidie sera cassée, libérant l'objet.
Cet objet unique sera poli ou peint, selon le choix du fondeur.

Le pesage

Les voyageurs et les commerçants ont-ils vu fonctionner les poids à peser la poudre d’or ? Lorsque les Européens purent approcher les villages en Côte d’Ivoire et au Ghana, l’usage des poids anciens s’était modifié, d’où la perte de nombreuses informations sur les systèmes de pesage. A la fin du XIXe siècle, la généralisation de l’emploi du numéraire entraîna la disparition de l’utilisation des poids.
De nombreuses hypothèses concernent l’étalonnage des poids et la signification numérique des signes qui les recouvrent. Les poids géométriques et figuratifs dissimulent-ils des secrets mathématiques ? Nous l’ignorons !
Pour certains, l’étalonnage des poids serait en lien avec l’usage d’une petite graine rouge,
"l’abrus precatorius ", appelée Dama par les Akan. Cependant, on ne l’utilisait que pour de petites quantités d’or. De plus, le commerce avec les étrangers influença le système de pesage et provoqua des adaptations : les références pondérales devinrent l’once du monde arabe ou du portugal.
La poudre d’or servait de monnaie pour des achats importants. Lors de transactions, elle était pesée successivement par l’acheteur et par le vendeur. Contenue dans de petites boites en laiton ou en cuivre, la poudre d’or était déposée à l’aide d’une cuillère sur l’un des plateaux, et, sur l’autre on disposait les poids. Ce système de la double pesée faisait l’objet de nombreux subterfuges: le vendeur n’hésitait pas à souffler au moment de la pesée pour déséquilibrer les plateaux ; il allait même jusqu’à dissimuler sous ses ongles un peu de cette précieuse matière.


   


Migrations des peuples Akan


Issus vers l'an mille du légendaire royaume de Ghana, des groupes migrants suivant les vallées du Niger jusqu'à Djenné, parviennent au XI ème siècle au nord du Ghana, l'ancienne Côte de l’or.
Ils ont traversé ou côtoyé les pays Kissi, Mandé, Bankoni, Koma, avec pour certains, descendant le Niger, une incursion en terre Nok.
Au cours de leur progression, ils ont partagé avec ces peuples, différents types de pratiques funéraires. L'une d'elles consiste à représenter le défunt, généralement en terre cuite, chargé de ses insignes, fixant l'observateur de ses yeux hypertrophiés.
Ce regard farouche tend à s'adoucir à mesure que l'on approche de la côte du Ghana. Des figures de Koma au nord, à celles des Ashanti plus au sud, on suit une filiation. De même l'on glisse des visages lisses de Bankoni, sis sur le Niger, ou de Katsina, plus à l'est, à ceux pacifiés du royaume de Krinjabo et des peuples lagunaires.
Faces aux lèvres scellées et aux yeux mi-clos tendues vers le ciel, figures lunaires d'Akuaba* évoquant l'enfant à naître, visages pâmés aux lèvres gonflées d'une parole prophétique, tous ces obscures témoins, christ d'un autre monde, délivrent depuis la nuit des temps un message universel d'humanité.

Akuaba : signe de bienvenue.


   







Peuples du monde Akan


Peuples du monde Akan
qui êtes-vous?
D'où vient-elle
cette richesse culturelle
que vous exprimez si bellement,
par vos poids figuratifs
et vos pesons géométriques ?

Quel héritage magnifiez-vous ainsi ?
Ce que vous transmettez
c'est d'abord ce que vous avez su glaner,
cheminant d'Est en Ouest, du Nord au Sud,
croisant vos routes,
additionnant vos héritages,
métissant vos cultures.
Migrants, émigrés ou immigrés,
tous vos déplacements ont mêlé
vos peuples et vos cultures.
Et le dernier creuset
à la suite des siècles,
est ce Golfe de Guinée
qui vous accueille et vous offre son or.
Longue et lente progression
qui fait de vous un peuple métissé,
d’hommes en quête de sens
qui cherchent à vivre.
L'extraction de l'or et sa vente vous seront une aubaine
pour transmettre les messages de vie,
malgré les risques et les tueries auxquels vous succombez.

Peuples vous le devenez au fur et à mesure
que s'affine l'expression de votre référence à vos défunts.
Là déjà votre respect aux ancêtres souligne
vos richesses culturelles et leur pluralité.
Votre histoire l'écrit,
quelles ne sont pas vos potentialités ?
Sagesse, dictons et proverbes abondent dans vos relations,
le parler des pesons en saisit l'occasion.

Venant d'un peu partout, assimilant les traditions locales,
peuples Akan,
au-delà des razzias,
de la quête guerrière recrutant la main d'œuvre,
de la cupidité étonnamment humaine,
vous êtes toutefois capables de vivre en paix,
de construire vos sociétés selon l'harmonie que désirent vos ancêtres.

Ce sont eux qui vous guident pour ce sens de la vie.
Ils vous invitent à rester ouverts sur autre que vous,
au-delà de vous-mêmes,
au-delà d'eux-mêmes,
en quête du divin.

Michel Bonemaison
Directeur du Musée africain


   





" Civilisation de l’or " chez les Akan. L’or est honorable (adage Akan) :


La dimension spirituelle de l’or ;

Le lien avec la Tradition ;

Les étapes traditionnelles de la vie.


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Les poids Akan à peser la poudre d’or :

La symbolique des pesons ; Les poids géométriques ; Les poids figuratifs.

Le Dja, réceptacle des pesons.

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Nos remerciements vont aux étudiants en stage au Musée Africain qui ont participé à la préparation de l’exposition. Nous leur adressons nos félicitations pour le travail accompli en équipes successives et dans un esprit de recherche.

Emmanuelle Vernin, Sabi-Olivier Benouadah, Ingrid Rochas, Anaïs Capitaine, Pauline Pourailly, Mélanie Riou, Nicolas Chirat, Dorothée Censier, Frédérique Gilly, Sonia Lamartini-Bazaoui, Aurélie Michon-Girard, Marie-Cécile Fougerat, Sabine Costa, Jennifer Petit, Anaëlle Rocle, Nadia Hassiri, Olivia Davidson, Marie Perrier, Emilie Prévost, Caroline Laurendon, Vanessa Apou.

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...VOUS POURREZ LIRE L'INTEGRALITÉ DANS LE CATALOGUE ÉDITÉ POUR L'EXPOSITION
EN VENTE AU MUSÉE AFRICAIN À PARTIR DE JEUDI 6 AVRIL
jour de l'ouverture de l'exposition le jeudi 6 dès 14 heures.


 

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