L'objet du mois d'avril 2017

>> STATUETTE BLOLO BIAN



Statuette blolo bian

 

Baoulé, Côte-d’Ivoire, XXe siècle, collectée vers 1965 à Yapikouamékro par le Père Jean-François Martel

Bois

37 cm

MA 101.931.017

 

>> Analyse formelle

Cette statuette masculine sculptée dans du bois représente un blolo bian, c’est-à-dire un époux de l’au-delà (blolo bla quand il s’agit d’une figure féminine). Le personnage est figuré debout, les genoux légèrement fléchis et les mains posées sur le ventre. Le visage serein se caractérise par des yeux en amande mi-clos, un nez droit et un menton prognathe. Un grand soin est apporté à la coiffure, traitée en une coque centrale encadrée par des tresses. L’homme porte également une barbe finement travaillée. On remarque des scarifications sur le visage, l’abdomen et dans le dos.

>> Symbolique

Les époux de l’au-delà renvoient à la conception baoulé du monde, composé d’un monde invisible et d’un monde visible (le monde terrestre). Toute personne vient de ce monde invisible appelé le « blolo » et y retournera après sa mort. On trouve parfois le terme « au-delà » pour le désigner mais il s’agit davantage d’un monde parallèle au nôtre où les esprits habitent des villages avec les anciens et leur famille.

A la naissance (passage dans le monde terrestre), la personne est séparée de sa famille de l’au-delà. Parfois, la famille terrestre suscite la jalousie de la famille restée dans le monde invisible. Celle-ci va peut alors se manifester en envoyant des problèmes d’ordre physique ou psychique (accident, maladie, impuissance, infertilité, malchance, etc…). 

>> Usage

C’est au cours d’une séance de divination que le devin révèle au malade que ses malheurs sont provoqués par un époux ou une épouse de l’au-delà rancuniers. Il conseille alors au consultant de faire sculpter une statuette pour accueillir ici-bas l’esprit de ce conjoint. Le conjoint terrestre doit prendre soin de son conjoint mystique pour l’apaiser. La statuette est conservée dans un coin de la chambre, accompagnée d’offrandes et souvent cachée des regards indiscrets par un tissu. L’époux terrestre lui apporte des offrandes régulièrement et réserve une nuit par semaine à son conjoint mystique. La patine brillante témoigne d’un entretient régulier.

Le blolo bla ou blolol bian contenté, il garantit le bonheur de son époux terrestre. Les mains posées sur le ventre font d’ailleurs allusion à la fertilité et au lignage.

Il s’agit d’un objet très personnel et intime. Chaque statuette est différente afin de traduire la singularité de l’esprit. Cependant, la production des blolo bla et blolo bian témoigne d’un idéal esthétique caractéristique des baoulé : finesse des traits, posture, soin apporté à la coiffure.

Une fois la personne morte, le blolo bian ou blolo bla est abandonné. L’objet perd sa fonction, il n’a plus de valeur sacré. Ceci explique en partie l’abondance de ce type de statuette dans les collections européennes.

>> Bibliographie

Alain-Michel Boyer, Baule, collection Visions d’Afrique, Cinq Continents, 2008, p.20-29

Suzanne Vogel, L’art baoulé du visible et de l’invisible, Adam Biro, 1999, chapitre 7 « L’art regardé à la dérobée : objets de la vie privée », p.246-267

 

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