Le Musée Africain vous invite à la
découverte de nouveaux horizons





INVITATION À LA LECTURE
par Michel Bonemaison

Directeur du Musée Africain

PAROLES DE MASQUES
Un regard africain sur l’art africain
Alphonse Tierou
VIE DE TOUSSAINT LOUVERTURE
Par Victor Schoelcher
Introduction de Jacques Adélaïde-Merlande
Karthala 1982
455 pages 29€
CHRISTIANISME ET TRAITE DES NOIRS
Roger Buangi Puati
Editions Saint-Augustin 2007 CH
399 pages 28€
LE GENOCIDE VOILE
Tidiane N’Diaye
Continents Noirs NRF Gallimard 2007
253 pages 28€50
  DIFFUSION ET ACCULTURATION DU CHRISTIANISME (XIX°-XX°s.)
Vingt cinq ans de recherches missiologiques par le CREDIC (Centre de Recherche sur la Diffusion et l'Inculturation du Christianisme)
Directeur Jean COMBY collection mémoire d'Églises
690 pages KARTHALA 2005
  RUCAO
Revue de l'Université Catholique de l'Afrique de l'Ouest
08 BP 22 ABIDJAN 08 RCI n° 25 / 2005
ENVIRONNEMENT ET DEVELOPPEMENT HUMAIN
  THEO PHI LYON
La Revue des facultés de Théologie
et de Philosophie de l'Université catholique de Lyon
Tome X Vol. 2
L’Afrique au secours de l’Occident,
par Anne-Cécile Robert.
Préface de Boubacar Boris Diop
Les éditions de l’Atelier Paris 2004.





PAROLES DE MASQUES

Un regard africain sur l’art africain
Par Alphonse Tierou
Secrétariat de A. Tierou
9 allée des Vergers Boîte 24
75012 PARIS
tél ( 01 44 73 42 01 )
24€

L’ouvrage

Pour la première fois, un regard africain est porté, de l’intérieur, sur la culture des Masques et sa production artistique. Tandis que la Côte d’Ivoire renoue avec la paix, ce livre fixe par écrit le patrimoine de la civilisation orale, mis en péril par quatre années de guerre.
Paroles de Masques nous révèle un univers méconnu :

- Le Masque africain : Au-delà de la pièce de bois, œuvre d’art, il s’agit d’une institution dotée de fonctions politiques et juridiques, spirituelles, philosophiques, artistiques et pédagogiques.
- Vocation démocratique : L’institution des Masques renferme la matrice de ce qu’aurait pu être une démocratie véritablement africaine. Elle respecte les débats contradictoires, la liberté d’opinion et de croyance, et octroie, aux femmes, les mêmes responsabilités qu’aux hommes. Aux côtés des hommes et des femmes porteurs de masque, des contre-pouvoirs et des garde-fous préviennent la monopolisation du pouvoir par quelques-uns.
- Dimension spirituelle : Les Masques, qui s’interdisent le prosélytisme, croient en un Dieu unique. L’anonymat des porteurs de masque empêche les dignitaires de s’identifier au divin. Car le Masque est hors propriété humaine.
- Conception africaine de l’art : Les Masques sont associés à une production artistique qui fait la renommée de l’Afrique dans les musées et les galeries d’art. Mais l’interprétation qui est faite de cet art répond, le plus souvent, aux canons du naturalisme, qui vise à imiter la nature. Un concept étranger à la culture africaine. L’artiste africain a pour mission d’enrichir la nature, ce qui lui offre une infinie liberté de création.
- Musée du quai Branly : L’ouvrage porte un regard original sur ce musée et son action pour le dialogue des cultures. Il émet aussi une proposition innovante pour un grand musée des arts africains.

L’auteur

Chercheur- chorégraphe, auteur de plus d’une dizaine d’ouvrages qui sont autant de références dans le domaine des arts et de la culture d’Afrique, concepteur et auteur de grandes expositions scientifiques et artistiques dont De la danse à la sculpture. Un nouveau regard sur l’esthétique africaine accueilli en 2000 par le musée de l’Homme à Paris ; ou Masques d’Afrique présidée par Léopold Sedar Senghor en 1986 à Nîmes Alphonse Tierou est issu d’une famille de grands chefs traditionnels, ‘‘héritière’’ des Masques de sagesse de l’Ouest africain. Il est aussi l’inventeur du premier vocabulaire chorégraphique de danse africaine. Ses travaux ont notamment abouti au lancement, en 1995, des Rencontres de la Création chorégraphique panafricaine, transformées en biennale par CulturesFrance (ex-AFAA), et à la Poétique de la danse africaine, qu’il enseigne à Paris.


Je viens de rencontrer l’auteur et j’ai eu le bonheur de partager longuement avec lui ; il m’autorise à publier sa page de communiqué de presse que vous venez de lire. Commandez-lui son livre il vous le dédicacera. En le lisant vous découvrirez un peu mieux la pensée des « passeurs » que nous essayons d’être, convaincus que l’avenir, s’il est gros du passé, ne peut être que construit par ceux qui vont de l’avant et ne ressassent pas sans cesse ni les frustrations ni les culpabilités.

Michel Bonemaison

Directeur du Musée Africain

13 mars 2008.


Sur le thème de l’esclavage : deux livres et un troisième.
Depuis que l’homme existe il met en œuvre tout ce qui lui permet de survivre. Il le fait au sein de sociétés et chacune de ces entités organise le travail à sa manière. Evidemment la répartition des tâches tient compte des capacités et des savoir-faire de chacun ce qui explique une différenciation dans les rythmes et les responsabilités.

Mais ! Il y a un mais, qui, pour faire bref, est du à la cupidité et à la manipulation. Ce mais, à en croire l’histoire, aboutit au mépris de l’humain et à l’esclavage ; l’esclavage organisé et systématique engendre la traite.

De temps en temps le sens de l’humain se révolte et des voix prophétiques se lèvent dénonçant cette mainmise des uns sur les autres.

Michel Bonemaison
Directeur du Musée Africain

Je vous livre le compte-rendu de mes trois dernières lectures sur le sujet :

VIE DE TOUSSAINT LOUVERTURE
Par Victor Schoelcher
Introduction de Jacques Adélaïde-Merlande

C’est une réédition d’un ouvrage fondamental publié pour le centenaire de la révolution française, sur la révolte des esclaves d’août 1791 dans la partie ouest de l’île de Saint-Domingue.

L’auteur Victor Schoelcher
22 juillet 1804 – 25 décembre 1893 est un des personnages phares de la lutte contre l’esclavage. Il connaît fort bien l’esclavage au point d’être le maître d’œuvre de la loi de l’abolition en 1848, après une lutte acharnée de plus de vingt années. Il permet ainsi aux Noirs de devenir citoyens de la République Française. Après 1848, Victor Schoelcher continue sa vie politique. Il est élu député de la Martinique et devient même sénateur.

Sa Vie de Toussaint Louverture
est une historiographie des plus passionnantes. Excellent historien, il sait utiliser les textes officiels en les mêlant aux évènements clés de la vie de ce personnage fabuleux, libérateur de son peuple. « Toussaint Louverture, l’un des leaders de la révolte des esclaves, va dominer cette période. Promu général de l’armée française de par son ralliement à une république abolitionniste, il bat les Anglais qui avaient tenté de s’emparer de l’île. Puis il organise le pouvoir noir et devient, vers 1800-1801, le véritable maître du pays. … Mais au mépris de la parole donnée, Louverture sera arrêté et transporté en France. Il y meurt en 1803 au Fort–de-Joux (Jura). » (Page 4 de couverture)
Mots clé : histoire – esclavage – traite des noirs – abolition de l’esclavage.


CHRISTIANISME ET TRAITE DES NOIRS

Roger Buangi Puati

Dans son propos l’auteur essaie une distinction entre la notion d’esclavage et la réalité de la traite des noirs. Une telle réflexion est loin d’être négligeable.

Ses repères historiques assez communs sont présentés d’une manière personnelle qui interpelle. Leur rappel revêt aussi l’intérêt de préparer la seconde partie de l’ouvrage qui, à mon sens est fort originale et des plus pertinentes : « aspects théologiques, philosophiques et anthropologiques de l’esclavage et de la traite des noirs ». J’apprécie en particulier son retour à la pensée de plusieurs Pères de l’Eglise ainsi que sa relecture du siècle des « Lumières ».

Ce frère d’origine africaine invite à « ne pas nous tromper de cible, au risque de dévoyer le sens de notre combat : notre adversaire n’est pas l’homme blanc, mais son système humiliant. La reconnaissance de l’humain en tant que sujet de droits est une exigence impérative pour notre continent qui est le berceau de l’humanité. » (Perspectives politiques et spirituelles page 348)

L’auteur : « Premier pasteur noir consacré dans l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, en Suisse, Roger Buangi Puati est licencié en théologie de l’Université de Genève et exerce son ministère pastoral à Lausanne. Il est chargé de cours à l’Ecole d’Etudes Sociales et Pédagogiques de Lausanne, spécialement sur les questions de racisme liées au travail social ». (Page 4 de couverture)

Mots clé : histoire – théologie – patrologie - philosophie - esclavage – traite des noirs.


LE GENOCIDE VOILE

Tidiane N’Diaye

On parle de plus en plus de l’esclavage des noirs par le monde arabo-musulman qui existe depuis pratiquement la naissance de l’Islam. Il est bon de faire le point avec quelqu’un de compétent. Tidiane N’Diaye est anthropologue et économiste ; l’auteur n’en est pas à son premier ouvrage sur le sujet des civilisations négro-africaines. Nous pouvons faire confiance à son analyse et son discernement.

Je transcris seulement le 4° de couverture de cet ouvrage le génocide voilé que je suis en train de lire avec beaucoup d’intérêt :
« Les arabes ont razzié l’Afrique subsaharienne pendant treize siècles sans interruption. La plupart des millions d’hommes qu’ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains.

Cette douloureuse page de l’histoire des peuples noirs n’est apparemment pas définitivement tournée. La traite négrière a commencé lorsque l’émir et général arabe Abdallah ben Saïd a imposé aux Soudanais un accord, conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d’esclaves. La majorité de ces hommes était prélevée sur les populations du Darfour. Et ce fut le point de départ d’une énorme ponction humaine qui devait s’arrêter officiellement au début du XX° siècle ».

Mots clé : histoire – économie - esclavage – génocide - traite des noirs


Un livre qui vient d'arriver sur mon bureau est pour moi l'occasion de proposer un élément, non pas de réponse, mais d'information et ce dans un domaine précis, celui de l'histoire. L'une des questions qui me sont posées de manière récurrente aborde la dimension spirituelle par le biais des relations inter religieuses. Et il m'est souvent demandé : "Pourquoi sommes-nous allés chez eux avec nos religions ?"
Le livre pour lequel je sollicite votre attention ne répond pas au pourquoi mais, beaucoup plus formateur, au comment; il analyse les faits : projets, mises en œuvre, erreurs, réussites, réception, refus, espérances …

Michel Bonemaison
Directeur du Musée Africain

Il est intitulé :

DIFFUSION ET ACCULTURATION DU CHRISTIANISME (XIX°-XX°s.)
Vingt cinq ans de recherches missiologiques par le CREDIC
Directeur Jean COMBY collection mémoire d'Églises
690 pages KARTHALA 2005

Africain, Américain, Asiatique, Européen ou Océanien, chacun des auteurs est chercheur ou / et universitaire et souvent auteur de un ou plusieurs ouvrages. Parmi les occidentaux beaucoup ont vécu et travaillé dans les pays dont ils traitent.
"Le CREDIC, (Centre de Recherche sur la Diffusion et l'Inculturation du Christianisme) est né à Lyon en 1979… Composé de membres de différentes confessions chrétiennes, de missionnaires et d'universitaires le CREDIC inscrit ses activités dans une perspective scientifique qui rejoint les préoccupations d'autres historiens…"
Je citais ce passage de la jaquette pour dire le sérieux de cette parution et l'outil qu'il peut être au service de ceux qui désirent appréhender un élément de la rencontre historique de l'occident parti à la conquête de l'Afrique … et se demander en quoi et comment peut être vécu aujourd'hui la rencontre des populations devenues de part et d'autres très mobiles.
Les thèmes abordés sont répartis en 40 chapitres regroupés sous trois parties.
1 - exigence des sciences de la mission.
2 - lieux et pratiques de la mission.
3 - mutations et déplacements des missions aux Églises.
Au vu de la compétence de chacun des auteurs, on conçoit aisément qu'un tel ouvrage touche à des disciplines complémentaires et que les textes revêtent des styles assez différents. L'ensemble donne une étude qui m'a réellement captivé. Je vous en souhaite autant si vous aviez envie de vous lancer dans l'aventure de cette lecture.




RUCAO
Revue de l'Université Catholique de l'Afrique de l'Ouest

Professeur de lettres modernes Antoine Kokou OGAWIN propose une synthèse de son étude des romans écrits par des occidentaux sur l'Afrique et qu'il intitule: "Le milieu naturel africain et le mythe de l'afro-pessimisme dans les romans français".
S'il parle de stéréotypes il signale que ses investigations portent sur une diversité d'auteurs, pendant des époques différentes et dans un espace africain très vaste. Son projet est de montrer que "le milieu naturel africain présente des atouts susceptibles de déclencher le développement économique, moteur de l'évolution des peuples dits civilisés". Mais il faut aller à contre-courant de ces clichés qui ne font pas du "Noir d'Afrique un homme" et pire ont désigné l'Afrique comme "riche en matières premières" , "terre de convoitises pour la métropole".
Le critique littéraire note aussi la médiocrité de l'homme blanc qui souvent occupent des responsabilité se prenant pour supérieur au Noir qu'il commande. Et Monsieur Ogawin de conclure "Il reste à relever que ce qui fait cruellement défaut à l'homme noir d'Afrique, dans les romans que nous avons étudiés, est l'intelligence, la raison mais aussi la volonté, le courage et l'audace de dominer par lui-même et par le travail, son milieu naturel de vie, pour en faire un véritable 'jardin d'Eden'."

Il me paraît souhaitable que nous prenions en compte la pensée de ces hommes qui nous font l'honneur de nous communiquer, aujourd'hui dans notre langue, leur analyse sur ce qui a pu être dit et écrit à leur sujet. Le dialogue prend forme et ainsi une ère nouvelle peut s'ébaucher et si cela est déjà engagé réjouissons-nous du progrès ainsi signifié.
C'est dans ce sens que j'ai poursuivi la lecture des articles sur Rapports de l'homme à son milieu, et Développement", de Zacharie Bèrè, professeur de philosophie et de E.F. Bedjra théologien. Les autres articles de la revue sont sur 'Penser le Développement' et 'Sortir du sous-développement', que je recommande aussi à votre lecture.

Michel Bonemaison
Directeur du Musée Africain

 


THEO PHI LYON

La Revue des facultés de Théologie
et de Philosophie de l'Université catholique de Lyon.

Propose une lecture du CHRISTIANISME DANS LES CULTURES avec
- un regard d'historien sur l'inculturation par Claude Prudhomme, Université Lyon 2.
- l'Universel chrétien chez les pères de l'Église par M.Fédou, du Centre Sèvres
- Lucien Legrand, exégète, étudie l'Universel Biblique du point de vue indien.
- La question de l'Universalité chrétienne entre Occident et Orient par Agnès Kim Mi-jeung.
ce qui peut nous amener à prolonger notre propre réflexion sur la notion d'inculturation en Afrique et faire le point sur la réalité de l'enrichissement de la rencontre des cultures pour l'Afrique et pour l'Occident.

Michel Bonemaison
Directeur du Musée Africain

   


Un dossier de lecture facile offert par la revue Croire aujourd'hui éditée par les éditions Bayard N° 198 du 1° au 21 octobre (4€50) ESPERANCES AFRICAINES
- Au quotidien l'art de s'en sortir quand même
par le journaliste camerounais Jackson Noutché Njiké.
- L'Afrique doit devenir sujet de son histoire par l'historien Burkinabé Joseph Ki-Zerbo.
- La montée en puissance des religions par Eric de Rosny jésuite français au Cameroun.

Michel Bonemaison
Directeur du Musée Africain

 





























L’Afrique au secours de l’Occident

Réflexion sur le livre de Anne-Cécile Robert.

Une double question préside à l’étude des plus pertinentes de Anne-Cécile Robert " journaliste au Monde diplomatique et professeur associée à l‘institut d‘études européennes de l’université Paris 8 " :
- Et si c’était l’Occident, et non l’Afrique, qui avait besoin d’aide ?
- Et si c’était au continent africain de venir au secours de l’Occident ?
Chapitre 1 : UN MIROIR DE L’OCCIDENT
Citant un chef de village du sud ouest du Mali, l’auteur situe au mieux le problème de la diversité qui à l’image de la réalité des Africains chez eux est celle de la prétention des Occidentaux à agir chez les autres, en l’occurrence chez les Africains : " Notre problème en Afrique, ce sont les différentes ethnies qui ne parlent pas la même langue : nous avons la Banque mondiale, de la Coopération, le Fonds monétaire international, l’UsAid … " p.27.
Concluant son chapitre avec pour sous-titre : le monde occidental poussé à l’absurde l’auteur constate : " L’Afrique, par la domination dont elle est victime et le décervelage qui lui est imposé, montre mieux que tout autre continent l’inanité du monde mondialisé autour des valeurs de l’Occident capitaliste. Elle s’y trouve embarquée malgré elle et largement contre elle…. " p.53.
Chapitre 2 : MAUDITS SOIENT LES YEUX FERMES
Il devient urgent que l’Afrique parle d’elle même dans son propre langage et que l’on apprenne à l’écouter. " La redécouverte de l’Afrique par elle-même passe inévitablement par le dépassement de ces pièges intellectuels qui occultent la réalité et brident la pensée comme l’imaginaire :
- dépasser le passé pour vivre libre (je mentionne en particulier la blessure ouverte de l’esclavage),
- refuser l’assistance qui " développe la mentalité d’assisté ",
- ancrer les élites dans les réalités locales alors qu’elles sont aspirées par le discours " mondialitaire ",
- tropicaliser la démocratie,
- construire son propre regard et " marcher debout ". p. 58
" La nécessaire contribution de l’Afrique au progrès d’un monde déshumanisé se fera grâce à cette prise de conscience dont chacun tirera bénéfice. " p. 59
Pour conclure ce chapitre l’auteur se prend à rêver d’une rencontre animée par le respect mutuel, car " les masques doivent tomber afin de permettre à l’Afrique de trouver son autonomie dans la voie qu’elle choisira librement ". p 95.
Chapitre 3 : BESOINS D’AFRIQUE
Si " l’Afrique a un savoir-faire inégalé en matière de relations de solidarité ", bien des points sont à examiner, tels les temps et lieux de travail, la nécessité des déplacements qui en même temps favorise les liens sociaux, et intensifie les échanges interpersonnels ; la cohésion du groupe et son économie sont savamment pris en compte. Tout cela, vertus simples du lien social, est si souvent bousculé, voire détruit par les projets extérieurs d’une " économie mondialiste ". p. 103 -105.

Tenir compte de la " très grande capacité de l’Afrique à créer, innover,… recycler " c’est accueillir une des facettes de sa solidarité ; la favoriser serait contribuer à son essor économique et pourquoi pas, interpeller l’occident dans son inconséquent gaspillage !
Des politologues parlent alors d’économie informelle, et l’auteur signale que des recherches sont en cours dans les secteurs de la santé, de l’éducation, des mises en œuvres paraissent déjà efficaces au service des budgets des villes africaines.
Le dernier paragraphe des ces pages 107-111 pleines d’espoir intitulées " l’informel, laboratoire de la modernité " est à lire et à relire car il fait parler les Africains de leur réalité réussie évoquant au passage ces valeurs, je souligne, " le rappeur, la citadinité, la religiosité, c’est nous. Il n’y a pas à chercher ailleurs. "
L’étranger et le sens de l’accueil est perçu par l’auteur dans une dimension que peu d’Européens imaginent, restant trop souvent au sourire, mais pour ma part j’aurais aimé qu’elle puisse aller encore plus loin dans la découverte de la notion " fondatrice " du relationnel : l’étranger participe de l’altérité, de l’Autre, et de ses valeurs dont le partage enrichit chacun des partenaires.
L’Harmonie, valeur bien à sa place dans un tel projet, est elle aussi amputée d’une partie de sa dimension spirituelle, car est omise la relation aux ancêtres. J’apprécie aussi l’excellente analyse, résolument concise, que l’auteur donne la palabre ; là encore je me permets de noter que la dimension " prise de parole ", ou la " parole confiée ", ou la " parole apportée ", aurait donné son plein sens à ce qui régit les rencontres humaines pour le respect de chacun.
***
J’attendais un quatrième chapitre qui analyse et explicite davantage les qualités que l’Afrique peut mettre en œuvre pour " venir au secours de l’humanité " en prenant toute sa place dans le monde, bien au delà de ses relations avec le seul Occident, et sans craindre de clamer sa dimension spirituelle, " sa religiosité ", comme cité plus haut..
Développer le discours de l’annonce de ces valeurs vécues " dans les rapports humains, à la nature, aux richesses, au temps et à l’espace " (p. 22.) non pas pour avoir l’outrecuidance de dire aux Africains avec nos canons à l’occidental, ce qu’ils vivent comme valeurs, mais pour dire aux Occidentaux dans un langage qui leur soit audible ce à côté de quoi ils passent et leur marteler ce qu’ils détruisent.
Ce livre est remarquable dans ce qu’il dénonce, et dans ce qu’il annonce. Il ne peut pas être exhaustif car parler des cultures africaines est un chantier sans fin. C’est donc un grand merci que nous pouvons adresser à celle qui nous met en route pour de nouvelles recherches, et une nouvelle découverte des valeurs africaines. Il est temps pour nous d’apprendre à les apprécier.

Michel Bonemaison
Directeur du Musée Africain


 

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