Objet du mois

Le Caméléon

Lobi, Côte d’Ivoire, Burkina Faso

début 20ème, années 50

fer forgé

3,9x16x0.5

MA 126.962.024

 

Cet objet en fer forgé représente un caméléon. L’animal est reconnaissable à son museau allongé et à sa queue enroulée. Le forgeron n’a noté aucun détail sur la surface de l’objet. Une patine d’usage et de la rouille recouvrent l’œuvre.

Le caméléon ou tulan est un animal fréquent dans l’iconographie lobi. Il est particulièrement représenté dans les amulettes en alliage cuivreux. Dans ce contexte, il est associé à la rapidité, à la persévérance et à la témérité. Cet animal est également très présent dans des populations voisines comme les Sénoufo, les Dogon.

Le caméléon assure une autre fonction lorsqu’il est réalisé en fer forgé. Les figurations en fer sont présentes sur les autels aux côtés de cannes, de couteaux, de cloches et des bateba, sculptures en bois réalisées contre les maladies, la sorcellerie. Cet ensemble est chargé de pouvoirs et il symbolise la richesse. Des offrandes et des sacrifices sont effectués sur cet autel.

Le caméléon est également réservé à ceux qui fabriquent des médicaments, des remèdes associés au caméléon et à ceux qui ont un thil (entité spirituelle) associé au caméléon.

 

>> Bibliographie :

Giovanni Franco SCANZI, L’art traditionnel Lobi, édition Milanos, 1993

 

 Archives

Spoiler

Masque heaume ngontang

Fang, Oyem, Woleu-Ntem Gabon

Bois léger, miroirs, teinture bleu, kaolin, ocre

H 37 cm, Æ 23,2 cm

930.940.001

 

>> Analyse formelle

Ce masque heaume est composé de quatre faces reposant sur une base cylindrique. Sur ces quatre visages sculptés, un front bombé surmonte une face creusée en cœur. Les visages, de forme ovoïdale, sont recouverts, hormis le front, d’une teinture blanche de kaolin. Deux faces présentent une ligne médiane frontale de teinture bleue partant du sommet de la tête jusqu’à la base du nez. Sous les yeux sont incisés des motifs de croix ou deux lignes horizontales parallèles. Deux autres faces sont ornées sur leur front de motifs de croissants teintés de bleu, placés soit au milieu du front, soit au-dessus des sourcils, et des losanges sont représentés sous les yeux. Des miroirs triangulaires séparent chaque face. Des trous ont été percés pour la parure au dessus de la collerette. Plusieurs trous sont dus à des brûlures ; certaines sont colmatés avec du bois. Des orifices permettaient au danseur de voir lors de sa danse.

>>Symbolique

Au Gabon, ngontang, est le nom d’une danse. Ce terme signifie la « jeune fille blanche ». Cette couleur fait aussi allusion à la signification funéraire du masque. En effet, c’est la « couleur des esprits des morts », des ancêtres. Même si ce masque est féminin, le porteur est toujours un homme, dont le corps est recouvert de raphia tressé.

>>Usage

Ce masque heaume est utilisé lors des cérémonies (naissance, funérailles), des fêtes familiales ou sociales. Il a plusieurs faces et il serait capable de tout voir grâce à ses nombreux yeux et ainsi, de repérer les sorciers maléfiques. Le porteur est toujours initié et doit suivre des gestes, des danses très codifiés. Son corps est enduit de remèdes servant de protection face aux esprits maléfiques. Devant le public, l’homme est méconnaissable, son corps est camouflé, une collerette de fibres est attachée au masque et protège son cou et ses épaules. Pendant la cérémonie, il est accompagné d’une chanteuse également initiée.

 

Bibliographie

LABURTHE-TOLRA P. / FALGAYRETTES-LEVEAU C. / TESSMANN G. Fang, Dapper, 1991, 324 p.

NGUEMA-OBAM Paulin, Fang du Gabon, Karthala, 2005, 192 p.

PERROIS Louis, Statuaire Fan-Gabon, O.R.S.T.O.M., 1972, 420 p.

PERROIS Louis, Sculpture traditionnelle du Gabon, O.R.S.T.O.M., 1977, 124 p.
PERROIS Louis, Fang, 5 continents, 2006, 154 p.

PERROIS Louis,  Art du Gabon, Musée Barbier-Mueller, Genève, 2011, 24 p.

Masque facial sula du Koré

Bamana, Mali,

Bois de kapokier

Début 20 XXe siècle

32 x 17 x 11 cm

MA 603.940.004

 

>> Analyse formelle :

Ce masque forme un visage allongé. L’ensemble est composé de formes géométriques, associées dans le bois. Un front bombé et arrondi est décoré d’une frise de motifs géométriques. Il surmonte une arcade sourcilière rectiligne qui forme un angle droit avec l’arête nasale. Les yeux sont de simples percements ovales. La face se termine par une gueule ovale projetée en avant.

 

>> Symbolique :

Ce masque représente un singe, le colobe noir, animal fréquent en Afrique subsaharienne.

 

>> Usage :

Ce masque est utilisé dans les rituels initiatiques de la société Koré. Cette société d’initiation se déroule tous les sept ans dans certaines zones du territoire occupé par les Bamana. Elle est obligatoire pour les jeunes garçons. Au cours de cette période, ils sont reclus dans la brousse et subissent des épreuves physiques et morales. Ils acquièrent également des connaissances sur leur généalogie, sur la sexualité ou encore sur leurs obligations envers les ancêtres. La sortie des trois masques est publique, elle a lieu à la fin de l’initiation, après la mort symbolique de l’initié devenu un homme. Ces danses sont réalisées pour favoriser les pluies, les semailles, la fertilité. Le danseur du masque sula  porte des fouets et des torches, il imite le comportement du singe pendant sa performance. Celle-ci est accompagnée de chants et de musique.

 

>> Bibliographie :

Colleyn, Jean-Paul in DE CLIPPEL, PARODI DA PASSANO et COLLEYN, Bamayana, un art de vivre au Mali, Centro Studi Archeologia Africana, Milan, 1998

Étrier de poulie de métier à tisser Guro

Guro, Bouaflé, région de Marahoué, Côte-d’Ivoire

Bois

6,8 x 21,5x 7 cm

2009.118

 

>> Analyse formelle 

Cet étrier de poulie comporte une base trapézoïdale contenant  la bobine dont l’axe repose sur une tige en bois. Au sommet de cette base figurent deux bandeaux de trois lignes parallèles incisées, où s’ajoute un motif de double chevron. Une tête humaine ovoïdale surmonte ce tronc. Le front est proéminent. Un bandeau de chevrons recouvre la partie sommitale où s’élève un long chignon  en forme de corne ou de bec d’oiseau. Les yeux sont marqués par une fente presque oblique, soulignée par des lignes en léger relief et par une ligne très fine en pointillé, en guise de sourcils. Le nez est petit et pointu. La bouche, représentée par de fines lignes en relief, est légèrement projetée en avant. En haut de la nuque, un bandeau, délimité par deux lignes incisées, comporte une répétition de motifs incisés de chevrons.

Cette pièce a été collectée par Alexis Chermette en Côte d’Ivoire, vers 1930.  Elle est attribuée au Maître de Bouaflé, sculpteur actif des années 1910 à 1930 environ. Plusieurs de ses œuvres parviennent en France dès les années 1920, notamment des œuvres réalisées pour des administrateurs ; elles ne possèdent pas de traces d’usage. Or ici, nous avons un objet réalisé dans un but fonctionnel, qui présente une patine d’usage. Les créations du Maître de Bouaflé sont facilement identifiables grâce à des formes récurrentes comme le front bombé,  le motif de chevrons, un petit nez pointu, des lignes en léger relief ou des fentes pour la bouche et les yeux, et des oreilles en demi-cercle, en relief.

>> Symbolique

 

L’étrier du métier à tisser a une fonction purement esthétique pour le tisserand qui lui fait face, mais ces objets usuels étaient réalisés par les sculpteurs des masques et des statues. C’est dans le répertoire de ces derniers que le sculpteur puisait son inspiration. Dans ce cas, la fonction rituelle pourrait avoir existé et être à l’origine des objets sculptés sur les étriers.

>> Usage

 

La patine au niveau de la tête – coiffe et front – et de la bobine, nous indique que cet étrier de poulie a été utilisé. La bobine tourne autour d’un axe, ce qui permet de suspendre les lisses (réseau de fils), les lames (cadres de bois) et d’effectuer l’entrecroisement des fils.

>> Pour aller plus loin

FISCHER Eberhard, HOMBERGER Lorenz, Les maîtres de la sculpture de Côte d’Ivoire, Musée du Quai Branly, 2015, 240 p.

GOY Bertrand, Poulies, Galerie Renaud Vanuxem, 2005, 168 p.

NEYT François, OLBRECHTS Anne-Chantal, Trésors de Côte d’Ivoire, Fonds Mercator, 2014, 368 p.

OCRISSE Apollinaire, Arts premiers de Côte d’Ivoire, L’Harmattan, 2013, 200 p.

 

Bracelet Dan

 

 

Bracelet Dan

 Dan, Côte d’Ivoire, début XXe siècle

Mesures : 2,3 x 8,3 cmLaiton, patine sombre

Côte objet (numéro d’inventaire) : MA 2013.0.305

 

>> Description physique de l’objet

Bracelet Dan décoré de lignes circulaires parallèles, avec un motif surajouté. Ce dernier est composé d’un cercle avec lignes concentriques traversées de six rayons. Au centre des motifs ajoutés, un point en relief forme le centre de chacun des cercles. L’anneau est fermé.

 

>> Symbolique

Les bracelets peuvent revêtir de multiples significations : parfois tout simplement arborés en parure, ils peuvent aussi montrer la puissance de celui qui le porte, ou servir de protection. Ils sont quelquefois utilisés dans un cadre cérémoniel, et peuvent de plus servir de compensation matrimoniale. Ceux avec grelots sont portés pendant les danses, et contribuent à la musique par leur bruit. Enfin, les bracelets assez grossièrement fabriqués servent de monnaie d’échange.

 

>> Usage

Le groupe Dan se situe à l’extrême Ouest de la Côte d’Ivoire. Ce bracelet était porté chez eux par les femmes en parure, au bras.

Masque Wé

>> Description physique de l’objet

Il s’agit d’un masque facial représentant un visage très stylisé. Le front bombé montre une scarification centrale très fréquente dans la région. Les yeux sont globuleux et fendus. Une autre paire d’yeux de forme cylindrique, située au niveau du nez, permet au porteur de voir. Les lèvres sont ornées de peau animale. De part et d’autre de la mâchoire articulée des éléments saillants évoquent des cornes. Le pourtour du masque est quant à lui entièrement décoré de crocs de panthère sculptés en bois. L’ensemble est rehaussé de pigments pour donner à ce masque une allure terrifiante.

Le danseur est vêtu d’une longue jupe de fibres de raphia qui descend jusqu’aux chevilles et d’une coiffe en plumes. Il porte souvent un fouet, une lance ou un marteau qui rappellent sa fonction guerrière.

>> Symbolique

Les Wè sont installés à la frontière ouest de la Côte d’Ivoire. La société des masques joue un rôle majeur dans la vie de la communauté. Elle contrôle la religion, la politique, l’économie mais aussi la transmission des traditions et des savoir-faire.

Le porteur du masque guerrier est choisi pour son courage. Son allure effrayante témoigne de la puissance du masque.

>> Usage

Le masque téhé glaè est chargé de maintenir l’ordre social, notamment pendant les manifestations masquées. Aucun repos ne lui est accordé. Il détecte les sorciers et les provocateurs pour les mettre hors de nuire et protège les danseurs. Les personnes qui se rendront coupable d’une transgression des règles de la communauté seront sévèrement punies par le masque. Autrefois, téhé glaè défendait le territoire des agressions voisines. Les guerriers le considéraient comme invulnérable.

 

>> Pour aller plus loin

Angèle Gnonsoa, Le masque au cœur de la société wè, Frat Mat Editions, 2007

Laurick Zerbini, Julien Bondaz (dir.), Afrique en résonnance, collection du musée africain de Lyon, Cinq Continents, 2014, p.115

© Musée Africain

 

[collapse]