Objet du mois

Masque facial sula du Koré

Bamana, Mali,

Bois de kapokier

Début 20 XXe siècle

32 x 17 x 11 cm

MA 603.940.004

 

>> Analyse formelle :

Ce masque forme un visage allongé. L’ensemble est composé de formes géométriques, associées dans le bois. Un front bombé et arrondi est décoré d’une frise de motifs géométriques. Il surmonte une arcade sourcilière rectiligne qui forme un angle droit avec l’arête nasale. Les yeux sont de simples percements ovales. La face se termine par une gueule ovale projetée en avant.

 

>> Symbolique :

Ce masque représente un singe, le colobe noir, animal fréquent en Afrique subsaharienne.

 

>> Usage :

Ce masque est utilisé dans les rituels initiatiques de la société Koré. Cette société d’initiation se déroule tous les sept ans dans certaines zones du territoire occupé par les Bamana. Elle est obligatoire pour les jeunes garçons. Au cours de cette période, ils sont reclus dans la brousse et subissent des épreuves physiques et morales. Ils acquièrent également des connaissances sur leur généalogie, sur la sexualité ou encore sur leurs obligations envers les ancêtres. La sortie des trois masques est publique, elle a lieu à la fin de l’initiation, après la mort symbolique de l’initié devenu un homme. Ces danses sont réalisées pour favoriser les pluies, les semailles, la fertilité. Le danseur du masque sula  porte des fouets et des torches, il imite le comportement du singe pendant sa performance. Celle-ci est accompagnée de chants et de musique.

 

>> Bibliographie :

Colleyn, Jean-Paul in DE CLIPPEL, PARODI DA PASSANO et COLLEYN, Bamayana, un art de vivre au Mali, Centro Studi Archeologia Africana, Milan, 1998

 Archives

Spoiler

Étrier de poulie de métier à tisser Guro

Guro, Bouaflé, région de Marahoué, Côte-d’Ivoire

Bois

6,8 x 21,5x 7 cm

2009.118

 

>> Analyse formelle 

Cet étrier de poulie comporte une base trapézoïdale contenant  la bobine dont l’axe repose sur une tige en bois. Au sommet de cette base figurent deux bandeaux de trois lignes parallèles incisées, où s’ajoute un motif de double chevron. Une tête humaine ovoïdale surmonte ce tronc. Le front est proéminent. Un bandeau de chevrons recouvre la partie sommitale où s’élève un long chignon  en forme de corne ou de bec d’oiseau. Les yeux sont marqués par une fente presque oblique, soulignée par des lignes en léger relief et par une ligne très fine en pointillé, en guise de sourcils. Le nez est petit et pointu. La bouche, représentée par de fines lignes en relief, est légèrement projetée en avant. En haut de la nuque, un bandeau, délimité par deux lignes incisées, comporte une répétition de motifs incisés de chevrons.

Cette pièce a été collectée par Alexis Chermette en Côte d’Ivoire, vers 1930.  Elle est attribuée au Maître de Bouaflé, sculpteur actif des années 1910 à 1930 environ. Plusieurs de ses œuvres parviennent en France dès les années 1920, notamment des œuvres réalisées pour des administrateurs ; elles ne possèdent pas de traces d’usage. Or ici, nous avons un objet réalisé dans un but fonctionnel, qui présente une patine d’usage. Les créations du Maître de Bouaflé sont facilement identifiables grâce à des formes récurrentes comme le front bombé,  le motif de chevrons, un petit nez pointu, des lignes en léger relief ou des fentes pour la bouche et les yeux, et des oreilles en demi-cercle, en relief.

>> Symbolique

 

L’étrier du métier à tisser a une fonction purement esthétique pour le tisserand qui lui fait face, mais ces objets usuels étaient réalisés par les sculpteurs des masques et des statues. C’est dans le répertoire de ces derniers que le sculpteur puisait son inspiration. Dans ce cas, la fonction rituelle pourrait avoir existé et être à l’origine des objets sculptés sur les étriers.

>> Usage

 

La patine au niveau de la tête – coiffe et front – et de la bobine, nous indique que cet étrier de poulie a été utilisé. La bobine tourne autour d’un axe, ce qui permet de suspendre les lisses (réseau de fils), les lames (cadres de bois) et d’effectuer l’entrecroisement des fils.

>> Pour aller plus loin

FISCHER Eberhard, HOMBERGER Lorenz, Les maîtres de la sculpture de Côte d’Ivoire, Musée du Quai Branly, 2015, 240 p.

GOY Bertrand, Poulies, Galerie Renaud Vanuxem, 2005, 168 p.

NEYT François, OLBRECHTS Anne-Chantal, Trésors de Côte d’Ivoire, Fonds Mercator, 2014, 368 p.

OCRISSE Apollinaire, Arts premiers de Côte d’Ivoire, L’Harmattan, 2013, 200 p.

 

Bracelet Dan

 

 

Bracelet Dan

 Dan, Côte d’Ivoire, début XXe siècle

Mesures : 2,3 x 8,3 cmLaiton, patine sombre

Côte objet (numéro d’inventaire) : MA 2013.0.305

 

>> Description physique de l’objet

Bracelet Dan décoré de lignes circulaires parallèles, avec un motif surajouté. Ce dernier est composé d’un cercle avec lignes concentriques traversées de six rayons. Au centre des motifs ajoutés, un point en relief forme le centre de chacun des cercles. L’anneau est fermé.

 

>> Symbolique

Les bracelets peuvent revêtir de multiples significations : parfois tout simplement arborés en parure, ils peuvent aussi montrer la puissance de celui qui le porte, ou servir de protection. Ils sont quelquefois utilisés dans un cadre cérémoniel, et peuvent de plus servir de compensation matrimoniale. Ceux avec grelots sont portés pendant les danses, et contribuent à la musique par leur bruit. Enfin, les bracelets assez grossièrement fabriqués servent de monnaie d’échange.

 

>> Usage

Le groupe Dan se situe à l’extrême Ouest de la Côte d’Ivoire. Ce bracelet était porté chez eux par les femmes en parure, au bras.

Masque Wé

>> Description physique de l’objet

Il s’agit d’un masque facial représentant un visage très stylisé. Le front bombé montre une scarification centrale très fréquente dans la région. Les yeux sont globuleux et fendus. Une autre paire d’yeux de forme cylindrique, située au niveau du nez, permet au porteur de voir. Les lèvres sont ornées de peau animale. De part et d’autre de la mâchoire articulée des éléments saillants évoquent des cornes. Le pourtour du masque est quant à lui entièrement décoré de crocs de panthère sculptés en bois. L’ensemble est rehaussé de pigments pour donner à ce masque une allure terrifiante.

Le danseur est vêtu d’une longue jupe de fibres de raphia qui descend jusqu’aux chevilles et d’une coiffe en plumes. Il porte souvent un fouet, une lance ou un marteau qui rappellent sa fonction guerrière.

>> Symbolique

Les Wè sont installés à la frontière ouest de la Côte d’Ivoire. La société des masques joue un rôle majeur dans la vie de la communauté. Elle contrôle la religion, la politique, l’économie mais aussi la transmission des traditions et des savoir-faire.

Le porteur du masque guerrier est choisi pour son courage. Son allure effrayante témoigne de la puissance du masque.

>> Usage

Le masque téhé glaè est chargé de maintenir l’ordre social, notamment pendant les manifestations masquées. Aucun repos ne lui est accordé. Il détecte les sorciers et les provocateurs pour les mettre hors de nuire et protège les danseurs. Les personnes qui se rendront coupable d’une transgression des règles de la communauté seront sévèrement punies par le masque. Autrefois, téhé glaè défendait le territoire des agressions voisines. Les guerriers le considéraient comme invulnérable.

 

>> Pour aller plus loin

Angèle Gnonsoa, Le masque au cœur de la société wè, Frat Mat Editions, 2007

Laurick Zerbini, Julien Bondaz (dir.), Afrique en résonnance, collection du musée africain de Lyon, Cinq Continents, 2014, p.115

© Musée Africain

 

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